Utiliser du plasma de guéris du Covid-19 : 5 minutes pour comprendre la sérothérapie


01 mai 2020

Des essais menés notamment en France visent à améliorer la guérison de malades du Covid-19 avec le plasma de rescapés. Explications.

C'est une nouvelle piste, pour favoriser la guérison des patients atteints du Covid-19. Jeudi, l'Agence française du médicament a annoncé avoir élargi hors des essais cliniques et sous des conditions strictes, l'utilisation du plasma de malades guéris afin de soigner des patients qui auraient été gravement atteints par le coronavirus.

La sérothérapie, c'est le nom de ce traitement, fait déjà l'objet de plusieurs essais cliniques à travers le monde, notamment en Chine ou aux Etats-Unis. Le Parisien fait le point sur ces tests porteurs d'espoir.

La sérothérapie, qu'est-ce que c'est ?

Tout se joue sur l'immunité potentielle que peut conférer le plasma d'une personne déjà infectée. La sérothérapie consiste à réutiliser du plasma, c'est-à-dire la partie liquide du sang où se concentrent les anticorps après une maladie. Lorsqu'une personne est infectée, ses globules blancs repèrent la présence étrangère au corps, l'antigène, et sécrètent une substance visant à la combattre : ce sont les anticorps qui provoquent une réponse immunitaire. Lorsque la maladie s'éclipse, ces derniers, que l'on appelle aussi immunoglobulines, restent dans le plasma. Ce sont eux qui intéressent les scientifiques.

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Ce plasma que l'on appelle alors « thérapeutique », présentant des anticorps déjà développés, est récupéré chez une personne qui a déjà été infectée par la maladie en question, afin d'être transfusé chez un patient qui se trouve le plus souvent dans une phase aiguë de cette même maladie. Ce qui doit permettre de l'aider dans sa guérison. Si cela fonctionne, on parle alors d'une immunité passive : le malade a pu se rétablir grâce à une aide extérieure et non grâce à son propre système immunitaire, qui n'a pu, seul, créer suffisamment d'anticorps (on aurait alors parlé d'immunité active).

Cette technique a déjà été utilisée, à petite échelle, pour des malades du Sras, un autre coronavirus qui provoque des symptômes respiratoires, ainsi que pour le virus d'Ebola et le virus du Nil. Plus généralement, le don de plasma est une pratique souvent utilisée, notamment chez des patients qui présentent un manque de défenses immunitaires ou souffrent de maladies auto-immunes.

En quoi ça pourrait aider les malades du Covid-19 ?

Selon l'agence française du médicament (ANSM), « certaines données montrent que le plasma de personnes ayant été malades du Covid-19 contient des anticorps actifs contre le virus ». Elle espère que leur réutilisation chez des personnes toujours malades, qui présentent un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) « pourrait permettre d'améliorer le taux de survie des patients ».

Si ces recherches se multiplient, c'est que cette technique, s'est avérée efficace contre d'autres coronavirus, famille de virus dont est issu le SARS-CoV-2, qui provoque le Covid-19. « L'expérience des épidémies antérieures avec d'autres coronavirus, montre que ces plasmas convalescents contiennent des anticorps neutralisants contre le virus concerné », indique l'ANSM, qui cite une baisse de la mortalité, constatée lors d'études menées sur des personnes infectées par le SARS-CoV en 2003, ainsi que par la grippe A, entre 2009 et 2010. Selon des travaux publiés en 2005 et portant sur 80 patients atteints du SRAS à Hongkong, qui se sont vus injecter du plasma, le taux de mortalité était de 12,5 % contre 17 % pour l'intégralité des malades hongkongais.

Les médecins entendent ainsi pouvoir réduire les dommages du Covid-19 sur le patient (lésions aux reins, au cœur et infections bactériennes principalement) et donc améliorer son taux de survie.

Que sait-on de l'efficacité de ce plasma de malades du Covid-19 ?

Il est trop tôt pour avoir des résultats probants, issus des essais cliniques lancés il y a un mois seulement en France. L'Agence nationale du médicament assure néanmoins que « l'effet thérapeutique associé au plasma des sujets guéris du Covid-19 mérite d'être exploré », même si, note-elle, à ce stade, « l'efficacité de ces plasmas n'a pas été démontrée ». L'ANSM ajoute que c'est la raison pour laquelle leur recours « doit se faire prioritairement dans le cadre d'essais cliniques, à chaque fois que possible ».